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Management et création… Le bel oxymore ! L'association de ces termes heurte
nos conceptions, car elle renvoie spontanément aux idées d'un côté de
standardisation, de stabilité, de contrôle, et de l'autre de singularité, de
transgression ou d'incertitude. Cette opposition sémantique ne peut cependant
pas masquer que ces univers cohabitent et se sont rapprochés, notamment depuis
l'introduction du terme de creative industries 1 par Richard Caves (2000) et
des recherchesnombreuses, mais fragmentéesqui se sont attachées à mieux
comprendre l'organisation et le management de ces industries dans une grande
variété d'approches théoriques et méthodologiques. Cet article introductif
entend affirmer ou réaffirmer la pertinence de la catégorie d'« industries
créatives » vis-à-vis des recherches en management. Il développe l'idée que
les entreprises qui évoluent dans ces industries font face à un paradigme
managérial idiosyncratique qui repose sur trois spécificités structurantes :
différenciation par l'originalité, abondance, subjectivité du créateur. La
catégorie est pertinente, et des secteurs qui peuvent paraître aux antipodes
les uns des autresjeu vidéo et parfum, grande cuisine et musique, édition et
mode, spectacle vivant et architecture…-ont un ADN commun. Que la catégorie
soit pertinente ne doit pas occulter pour autant sa variété. Elle apparaît,
dans l'énumération qui vient d'être faite, dans les modes de diffusion et dans
les matériaux de création, qui structurent cette agrégation d'industries. Elle
se manifeste autour de deux autres lignes de faille. D'une part, si ces
entreprises s'inscrivent dans un paradigme managérial spécifique, elles le
font de manière plus ou moins volontariste, plus ou moins consciente, donnant
lieu au sein de ces industries à des « mondes opposés » qui peuvent avoir
tendance à se polariser. D'autre part, même si l'on retrouve un |